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12 janvier 2020

Himes chez Penguin

A Rage in Harlem
Les trois premiers romans du cycle de Harlem, à l'exception de Dare-dare / Run Man Run (qui, malgré sa grande qualité, est moins connu, sans doute parce qu'il n'a pas les deux inspecteurs pour héros) ont été publiés chez le grand éditeur britannique Penguin, qui plus est dans la collection Modern Classics, aux côtés, par exemple, de Ulysses de James Joyce.

Chez Penguin, La reine des pommes a pour titre A Rage in Harlem. Michel Fabre, Robert E. Skinner et Lester Sullivan* ont identifié les titres successifs du roman. Le titre original, celui du manuscrit de Himes (1957), est The Five Cornered Square, qui dans une lecture littérale. signifie le carré à cinq côtés, mais qui contient un jeu de mot. Car square a aussi le sens de naïf, crédule, simplet. Il s'agit bien évidemment de Jackson, comparé à Goldy, son frère jumeau, tellement plus intelligent et créatif. Rendons à la Série noire ce qui lui est dû : La reine des pommes est un équivalent astucieux du titre original. Cependant, le texte n'a jamais été publié en anglais sous ce titre. Les éditions anglo-saxonnes ont eu pour titres soit A Rage in Harlem soit For Love of Imabelle.

Dans sa préface à l'édition Penguin, Luc Sante explique pourquoi A Rage in Harlem s'est imposé, aux dépens du titre voulu par Himes "non pas parce qu'il est descriptif ou même particulièrement approprié mais parce qu'il combinait deux noms réputés agir comme le silex et l'acier dans l'esprit du lecteur américain moyen de livres de poche de supermarché dans les années 1950. Harlem (...) était plus un mythe qu'un lieu pour la majorité des Américains blancs de l'époque."**

* Chester Himes, An Annotated Primary and Secondary Bibliography. Compiled by Michel Fabre, Robert E. Skinner and Lester Sullivan. Greenwood Press, 1992.
**A Rage in Harlem. Préface de Luc Sante. Penguin Modern Classics, 2011.

Sur les titres des romans policiers de Himes, voir la page de ce blog Cidade escaldante : ce que nous apprend une édition portugaise de Himes


Imbroglio négro
Il pleut des coups durs


20 juillet 2018

L’invention de Harlem - 2 : L’éclatement de la fiction



Les deux derniers romans de Himes, L’aveugle au pistolet et Plan B, sont marqués par une rupture nette quant au rôle des deux inspecteurs et à la représentation de Harlem.
L’existence des deux inspecteurs est déterminée par une exigence narrative. Ils n’apparaissent d’ailleurs qu’au chapitre 8 de La reine des pommes, quand Himes prend conscience de ce que la présence de policiers pourrait apporter à son intrigue. Ils sont un élément d’un ensemble plus vaste : Harlem. Himes construit autour de Harlem une fiction nécessaire au développement de ses histoires policières. Harlem apparaît, dans les premiers romans, de façon imprécise, comme un État libre, qui a une géographie physique et humaine propre et des frontières. Cela n’est jamais explicitement dit mais plutôt suggéré par des omissions remarquables. En effet, dans la description qu’il en fait, les marques de la domination économique et politique des Blancs, et même, dans une grande mesure, de leur présence, sont occultées. 
Le rôle des deux policiers relève de la même nécessité fictionnelle. Jusqu’à Retour en Afrique, ils agissent quasiment en toute indépendance, en fonction de leurs propres initiatives. Ils sont appréciés et couverts par leur hiérarchie, réduite au lieutenant Anderson. La mission explicite de Fossoyeur et d’Ed Cercueil est de maintenir l’ordre dans Harlem, ce qui les amène à réprimer pour l’essentiel d’autres Noirs, mais aussi de protéger les Blancs quand ils pénètrent dans la ville noire. La conception qu’ils ont de leur rôle va, cependant, au delà de ce qui leur est assigné. Il s’agit pour eux de conserver un peu de sens au monde dans lequel vivent les Noirs, en empêchant que la ville et ses habitants ne sombrent dans le chaos de l’absurdité et d’une violence sans limites. En résumé, ils sont et font la loi à Harlem. Pour cela, ils mettent en œuvre une morale particulière et appliquent des règles qui leur sont propres, en veillant, par exemple, à ne pas nuire au milieu organisé quand il répond à des besoins de la population, mais en pourchassant les escrocs sous toutes leurs formes, y compris les escrocs religieux ou politiques. 
Les années 1960 sont marquées aux États-Unis par des luttes politiques intenses, avec le mouvement des droits civiques, l’apparition de partis plus radicaux (Black Power), et le fort développement des Musulmans noirs. Himes ne prend pas ouvertement parti mais il insiste sur la nécessité pour les Noirs d’une violence organisée, non dans une vision séparatiste ou suprématiste, mais pour créer un choc irrémédiable. À partir de Imbroglio négro (1960), et beaucoup plus nettement à partir de Ne nous énervons pas (1961), plusieurs évolutions concourent inexorablement à l’éclatement de la fiction conjointe de Harlem et des deux inspecteurs libres. La première est un changement dans la nature de la violence. Le Harlem des premiers romans est violent mais cette violence se produit entre Noirs (règlements de compte, cambriolages, arnaques, violences conjugales). Dès qu’elle apparaît, la violence des Blancs s’avère différente : elle émane du grand banditisme (le trafic d’héroïne dans Ne nous énervons pas) et elle vient du Sud. Elle est, par conséquent, marquée par le sadisme et l’inhumanité (Imbroglio négro, Retour en Afrique). La disparition des personnages positifs ou attachants est aussi une des évolutions vers le drame. 
L’aveugle au pistolet révèle, enfin, la domination des Blancs sur Harlem. L’Interlude entre les chapitres 2 et 3 met fin à l’omission délibérée des sept romans précédents. Il est focalisé sur la Mecque de Harlem, le croisement de la 7e avenue et de la 125e rue. « De nombreux Blancs, dans les autobus ou en voiture, y passent tous les jours. De plus, la plupart des commerces, magasins, bars, restaurants, théâtres, et l’immobilier appartiennent à des Blancs. Mais c’est quand même la Mecque des Noirs. L’air et la chaleur, et les voix et le rire, l’atmosphère, le drame et le mélodrame sont à eux. De même que les espoirs, les plans, les prières et les protestations. Ils sont les gérants, les employés, les nettoyeurs, ils conduisent les taxis et les autobus, ils sont les clients, les consommateurs et le public, c’est eux qui travaillent mais cela appartient au Blanc. » La présence constante des Blancs à Harlem est mise en place dès le début de L’aveugle au pistolet : tout le premier chapitre avec le révérend mormon, ses 20 femmes et ses 50 enfants, est vu au travers du regard de deux policiers blancs.
Dans L’aveugle au pistolet, Harlem est devenue la proie de l’absurde : un pasteur mormon centenaire père de plus de 50 enfants, un traitement de fertilité à base de testicules de babouin et de plumes de coq de combat, une livraison de télévision en pleine nuit, un Jésus en plâtre noir aux poings crispés par la rage… La ville est aussi en proie à l’agitation de mouvements qui tous trahissent les Noirs, intentionnellement ou parce qu’ils sont manipulés. Il n’y a plus d’espoir de délivrance et Harlem est livré au chaos. Les deux inspecteurs s’essoufflent dans une mission insensée – trouver la cause et l’instigateur de l’émeute –, et perdent leur autorité, avec l’apparition d’une hiérarchie policière blanche qui se méfie d’eux et les écarte. La première fin de L’aveugle au pistolet, dans l’avant-dernier chapitre, montre les deux inspecteurs désœuvrés, occupés à abattre des rats.

Les trois couvertures ci-dessus proviennent de l'édition britannique de Payback Press (1996). Elle comprend un inédit, Le dilemme de l'écrivain noir aux États-Unis, une conférence donnée par Himes à Chicago en 1948, et les préfaces de Melvin Van Peebles et de Lesley Himes.

22 février 2018

L'invention de Harlem - 1 : Comment Himes découvre la ville

Evita posait récemment sur ce blog la question suivante : « quel est le degré d’authenticité du Harlem de Chester Himes ? Je comprends qu’il n‘y ait pas vraiment habité, cependant il y a une abondante description d’adresses, de bars/clubs (réels ou fictifs) ; les modes vestimentaires et coiffures, chansons et danses sonnent particulièrement justes. Harlem me semble être à cette époque un microcosme unique aux Etats Unis. Pourrait-il être inspiré d’une autre ville, ou bien de souvenirs, ou bien est-ce un quartier entièrement fictif que l’on lit dans ses romans ? » 

La réponse ne peut être que nuancée. Oui, Himes connaît parfaitement Harlem et sa géographie physique et sociale. Il s’inspire aussi, cependant, d’autres lieux et personnages, principalement ceux de Cleveland, la ville où il a passé sa jeunesse et connu de très près le milieu. Surtout, dans ses romans policiers, Harlem est un mélange de réalisme et d’invention, qui rend possible l’invraisemblable : une ville à l’écart du monde blanc où deux policiers noirs font la loi. Les derniers romans du cycle de Harlem (L’aveugle au pistolet, Plan B) détruiront cette construction et donneront une autre image de Harlem, dominée et quadrillée par les Blancs.

Himes n’est pas harlémite. Il est né dans le Sud et a passé son adolescence à Cleveland. Il découvre Harlem en juillet 1940, à 31 ans. Il y reste plusieurs jours et dort une nuit dans le célèbre hôtel Theresa, au carrefour de la 125e rue et de la 7e avenue. Après les années de guerre pendant lesquelles il vit en  Californie, il s'installe à New York avec Jean, sa femme. Il vit à Harlem entre septembre 1944 et novembre 1945 puis entre janvier et juin 1947 et enfin, occasionnellement, entre le printemps de 1952 et son départ pour la France, le 3 avril 1953. Entre ces séjours, il réside le plus souvent à Brooklyn, dans le Bronx et dans les propriétés de Nouvelle-Angleterre où Jean et lui travaillent comme gardiens. En 1972, Himes rappelle son bonheur de marcher dans les rues de Harlem : « Je descendais vers le sud […] au-delà du bar de Fat Man sur  la 155e, du restaurant de poulet d’Eddie et du night-club de Lucky, et de tous les coiffeurs, restaurants et instituts de beauté qui servaient les barons des loteries, les collecteurs de grilles [des loteries clandestines] et les bourgeois noirs qui vivaient à la hauteur de la 140e rue et des rues voisines. Je prenais la 145e rue jusqu’au Temple de Harlem de Frère ‘Lightfoot’ Michaux, puis reprenais la direction du sud, dans la jungle de néon de la 7e avenue, la rue principale de Harlem (que j’ai toujours considérée comme la terre des rêves), en passant devant le dancing de la Renaissance, Small’s Paradise Inn et le restaurant-bar Dickie-Wells ».[1]

Pour l'essentiel, cependant, sa découverte de Harlem est postérieure à son exil en France (1953). En 1955, de la fin janvier à la  mi-décembre, Himes passe 10 mois à New York. Il sillonne Harlem et s'imprègne de la ville : « C’est à cet instant-là que je fis réellement connaissance avec Harlem : sa géographie, le genre de vie de ses habitants, ses truands, ses vices, son argot, ses absurdités. J’acquis toutes ces connaissances sans y prendre garde. Peut-être m’ont-elles sauvé la vie plus tard car elles me permirent d’écrire les romans qui parurent dans la Série noire aux Éditions Gallimard en France ».[2] Il est intéressant de noter que Himes n’a alors aucun projet de roman policier en tête. La rencontre déterminante avec Marcel Duhamel, le directeur de la Série noire, n’aura lieu qu’en 1957.

  1 Edward Margolies et Michel Fabre, The Several Lives of Chester Himes, p. 53-54.
          2 Chester Himes, Regrets sans repentir, Paris, Gallimard, 1979, p. 224.



Ce qui vient de Cleveland

Beaucoup de détails pittoresques du cycle de Harlem sont, par exemple, des souvenirs de Cleveland, que Himes a rapportés par ailleurs, dans son autobiographie, The Quality of Hurt, ou dans son roman autobiographique, La troisième génération. Il en est ainsi de la danse frénétique des filles sur un solo de trompette dans un night club (L'aveugle au pistolet), du clou pour prévenir de l'arrivée de la police et des armes déposées à l'entrée de la salle de défonce (Retour en Afrique), des vêtements de madam de maison close de Mamie Pullen – robe noire jusqu'aux chevilles et chaussures d'homme (Couché dans le pain), de Billy, la maquerelle à robe rouge et moustache (La reine des pommes), de plusieurs noms de maison de jeu ou de personnes – Tijuana, Johnny Perry, Val, Chink Charlie, Abie le Juif et Dummy (Couché dans le pain et Tout pour plaire).    

Sylvie Escande, Chester Himes, l'unique, Paris, L'Harmattan, 2013, p. 86-87.


17 juillet 2017

Across 110th Street / Meurtres dans la 110e rue


Le titre de ce film (de Barry Shear, 1972, adapté du roman de Wally Ferris) est bien mal traduit en français : Meurtres dans la 110e rue. Ce devrait être exactement De l’autre côté de la 110e rue ou Au-delà de la 110e rue. Les lecteurs de Imbroglio négro savent que la 110e borde Central Park au nord et constitue donc la limite sud de Harlem. Dans ce roman, c’est sur cette rue –bourgeoise – qu’habite le politicien noir démocrate Casper Jones. Dans le film, un des mafieux définit Central Park comme « le no man’s land qui nous sépare du Harlem noir ».

C’est un bon film d’action bien cynique qui présente plus de flics corrompus que de policiers honnêtes et la lutte entre la mafia et les gangs africains-américains pour dominer le trafic des loteries clandestines.

Le film vaut par l’évocation de Harlem et on y trouve des lieux et ambiances bien connus de Fossoyeur et Ed Cercueil : triste paysage urbain de taudis et de rues jonchées d’immondices, prostituées, travestis ; des scènes aussi comme la recherche de la connivence avec le policier noir (« nous sommes entre gens de couleur ») qui rappelle l’interrogation des témoins au début de Imbroglio négro. La collecte des paris pour les loteries évoque aussi Tout pour plaire. Enfin, le sadisme des tortures et exécutions n’est pas pour surprendre les lecteurs de Himes pour qui la violence du grand banditisme blanc a été révélée dans Imbroglio négro et réaffirmée dans Ne nous énervons pas !

Le film est intéressant aussi par les relations entre le jeune inspecteur noir et son supérieur, le vieux flic italien à moitié pourri. Il démontre très clairement a contrario l’incongruité du couple d’inspecteurs de Himes et de leur quasi-souveraineté dans les premiers romans du cycle de Harlem. Les policiers sont majoritairement blancs et si l’enquête est confiée à l’inspecteur noir c’est pour des raisons politiques, avec une allusion explicite aux émeutes raciales de l’année précédente. Il faut calmer une opinion qui commence à compter.

En cela, il est révélateur d’un monde qui change. Le renoncement au pouvoir du vieux flic blanc corrompu et sa relation avec le jeune inspecteur noir honnête sont fondés sur cette conscience. C’est Harlem après L’aveugle au pistolet : hyper-présence des Blancs dans Harlem, coopération et haine raciale entre gangsters noirs et blancs (la mafia emploie des hommes de main noirs, mais l’alliance entre la mafia et les gangs noirs est menacée à tout moment). On devrait plutôt dire « un monde qui semble changer » car la pauvreté et l’oppression, elles, n'ont pas changé et la criminalité a son origine dans le besoin de sortir de la misère. C'est ce qu'ont toujours dit Fossoyeur et Ed Cercueil.


26 mars 2016

Sepulturero, Montalbán, Chester Himes y Bernard Daguerre

Répondant à l'article consacré aux traductions espagnoles du cycle de Harlem (Sepulturero Jones et Ataúd Ed Johnson), Bernard Daguerre, organisateur du festival Polar en cabanes et, entre autres talents, coordinateur du numéro spécial de 813 consacré à Himes, signale qu'il n'a pas trouvé trace de la préface de Por amor a Imabelle (La reine des pommes),  écrite par Manuel Vásquez Montalbán. Montalban y fait, pourtant,  référence dans un texte, extrait de El escriba sentado, publié en 1997 dans El País et traduit dans le numéro spécial (n° 122) de la revue 813.

Ce texte est magnifique par son intelligence. Pour en citer un court extrait : "Bien sûr, ses romans peuvent être qualifiés de policiers, mais ils sont si multidimensionnels et ouverts qu'ils mériteraient d'être considérés comme des romans sans plus de qualificatifs, grands petits romans qui ont fait de leur auteur un maître comparable à Hammett, Chandler, Poe ou Simenon. Le délit déjà commis ou sur le point de l'être met en mouvement les policiers et c'est ainsi que débute un voyage littéraire dans lequel le délit et sa sanction sont ce qui importe le moins ; le plus important est le voyage, un voyage à travers un Harlem sans murs ni cloisons, à l'intérieur duquel erre le regard du lecteur surpris et surprenant lui-même la logique interne d'une réalité ceinte de murailles invisibles."

Voir dans le présent blog Un numéro spécial de 813






19 mars 2016

Ataud Ed Johnson y Sepulturero Jones


Ataúd Ed Johnson (Ataúd = Coffin = Cercueil) et Sepulturero Jones (Sepulturero = Grave Digger = Fossoyeur) sont les noms des deux inspecteurs dans les traductions espagnoles des romans policiers de Himes.

Si l'on regarde les titres de ces romans, on remarque qu'ils sont traduits très fidèlement à partir des titres de la première édition américaine. Ils ne reprennent donc pas les facéties de la Série noire.

Titre original de Himes
Titre de la Série noire
Titre de l’édition américaine ultérieure
Titre de l'édition espagnole
The Five Cornered Square
La reine des pommes
1. For Love of Imabelle (1957). 2. A Rage in Harlem (1965)
Por amor a Imabelle
If Trouble Was Money
Il pleut des coups durs
The Real Cool Killers
La banda de los musulmanes
A Jealous Man Can’t Win
Couché dans le pain
The Crazy Kill
El loco asesinato
The Big Gold Dream
Tout pour plaire
The Big Gold Dream
El gran sueño de oro
Don’t Play With Death
Imbroglio négro
All Shot up
Todos muertos
Be Calm
Ne nous énervons pas
The Heat’s On
Empieza el calor
Back to Africa
Retour en Afrique
Cotton Comes to Harlem
Algodón en Harlem


On a vu dans l'article Cidade escaldante … que Himes, dans sa position d'auteur travaillant à la commande pour la Série noire (format imposé de 220 pages, par exemple) avait aussi accepté - ou devancé - la formulation de titres conformes à la ligne des romans de la collection : l'exemple de Be Calm, retitré ultérieurement The Heat's On, est le plus frappant. Entre le titre français et le titre de l'édition américaine ultérieure, on a affaire à deux types de jeux de mots et d'humour. La différence nous renseigne aussi sur la distance entre la langue de Himes et celle de sa traduction.

À la différence des titres de la Série noire, les titres des éditions espagnoles ne prennent pas le risque du jeu de mots : The Five-Cornered Square (Le carré à cinq angles, qui est aussi Le naïf a cinq angles - jeu de mots sur square) a donné en français un très bon La reine des pommes.

Traduire Times n'est jamais facile. Pour le blog Mis détectives favoritos, "c'est un défi de traduire en espagnol la langue de Harlem. Certains conservent les surnoms originaux des inspecteurs, d'autres les traduisent. La traduction de Bruguera (Por amor a Imabelle, 1980) n'a pas très bien vieilli car elle a utilisé l'argot de l'époque (et l'argot, qui évolue plus rapidement que la langue commune, vieillit toujours plus mal)." 

Le blog Cuaderno de trabajo présente ainsi Himes : "Chester Himes est un écrivain nord-américain qui a été en son temps très connu et qui est aujourd'hui un peu passé de mode et peu présent dans les références journalistiques." On ne peut que souscrire à ce commentaire. 




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